bernard thomas

Néguev
41e enrichissement

Je partis à l'aube de l'année 1994 faire l'Enrichissement d'un lieu qui me paraissait symbolique du désert, accompagné de François Civet.

Chargé d'or et de diamants, je fis, le premier jour, une marche qui me porta non loin d'une montagne noire. Je pris une pincée d'or que je laissai au vent le soin de disperser. Au retour, j'aperçus les grandes oreilles de la civilisation et je compris immédiatement que le lieu n'était plus désert que par son nom.

Je taillai dans la roche une porte magique me permettant d'entrer dans un imaginaire toujours désert. La recherche du lendemain fut consacrée à trouver de l'eau. Un lieu aménagé par les anciens Nabatéens montrait ci et là des terrasses d'anciennes cultures au-dessus desquelles des puits avaient été creusés. Je sus que le désert n'avait pas toujours été de cette couleur. Je l'imaginai vert.

La pluie s'est mis subitement à tomber en gros grêlons, dévalant les collines environnantes pour venir alimenter, sous mon regard, ce subtil système d'irrigation. Je découvris sur les flancs d'un plateau ce qui avait été une de leurs grandes métropoles à demi-troglodytes. Ils avaient creusé dans la craie de grandes cavités dont je pus remarquer qu'aucun angle ne pouvait agresser le corps. Ainsi protégé, je me retrouvai pendant un instant au temps où j'imaginais la terre. Très vite, de gros oiseaux de fer me firent revenir. À leur passage, le désert poussait des barrissements, tel un éléphant qu'on assassine. Le silence se mourait avec des cris assourdissants.

Je choisis alors un point dans le désert. Un lieu où aucun être humain ne serait passé. Abandonnant la route, je m'enfonçai dans le lit d'un oued asséché. Il était planté d'arbres, de buissons à demi couchés, gardant la trace de la violence de l'eau si rare et si précieuse, passant pour un instant et n'apparaissant plus pour bien longtemps. Au fur et à mesure que j'avançais, la terre devenait jaune. Au détour d'un méandre, j'aperçus l'eau emprisonnée dans la glaise. Elle ne pouvait que s'évaporer, et ceci mettrait longtemps. Autour d'elle : des traces de vie, des sabots de gazelles. Un galop furtif... Elles sont à 100 mètres. Loin de tous, je vis soudain le rythme journalier d'un homme en plein désert. A ses côtés, les traces des chameaux. Le silence me parle, le message est reçu. Les traces, les odeurs, tous ces détails sont des assurances pour le retour. J'arrive sur le sommet d'une colline, j'enfouis mon plus beau diamant enchâssé. Je pointe les points cardinaux, construis un très beau tas de pierres et pars content vers d'autres lieux. En allant voir le soleil se lever, j'aperçus trois loups venus pour la même raison. J'étais vraiment, ce jour-là, pris par le désert. Déambulant, scrutant les traces de l'eau, j'aperçus la trace des anciens : un bouton de bronze, une merveille.

L'Enrichissement était d'être dans le lieu à vivre, de le vivre pleinement. Allant de l'avant, j'aperçus, très haut perchés, les restes d'une construction. Je projetai de l'atteindre et c'est ce que je fis. Là, dominant la région sur trois cent soixante degrés, je découvris le télégraphe des Nabatéens. Ils communiquaient par réflexion.

En montant plus au Nord, je pus découvrir une mer morte d'avoir vu avec quel acharnement les hommes pouvaient se détruire. Chargé de tristesse, je quittai ces lieux. Le ciel vint m'enchanter de nouveau, formant un arc-en-ciel si beau que j'en restai ébahi. Le pied était à deux cents mètres. Ce lieu serait le coeur de l'Enrichissement. J'enfouis sur ce site un trésor. Un peu plus loin, le désert était vert. Les hommes avaient irrigué et cultivé sous les ruines d'une énorme garnison. Je rentrai contacter le pilote qui ferait une trajectoire liant tous les lieux de cet Enrichissement.

Du 9 ou 23 septembre j'inscrivis "Shalom" en herbe sur le sable, et le 24 j'empruntai la trajectoire.

Thomas 1994

© Thomas Bernard