bernard thomas

Erfevel à vu : Bernard Thomas

A l'exception, peut-être, de ses sculptures filiformes tendues de tissu qui sont pour Bernard Thomas les gardiens protecteurs de son univers et donc d'autres de ses oeuvres, son oeuvre s'inscrit, avant tout, dans un esprit de recherche esthétique. Et, comme telle, elle peut fort bien s'y limiter. Car elle démontre non seulement son talent créateur mais aussi, et surtout, une maîtrise technique et un métier solides. Pour preuves, tout d'abord, une tête d'Hermès bleue qui s'éclaire sur fond blanc de la projection du symbole du dollar et de morceaux de verre qui semblent escalader le mur dans lequel ils sont plantés. Ensuite, une série de toiles à l'acrylique, peintes en pleine pâte en méandres sensuels. Griffées quelquefois de structures géométriques rigoureuses et toujours soulignées de touches d'or qui leur confèrent une dimension sacrée. Voilà pour le travail à l'état brut. Je dirais à l'état pur. La matière est transformée esthétiquement, c'est la grande passion de Bernard Thomas. Et, vous en conviendrez, cela ne suffit pas, pour autant, à lui délivrer le titre d'artiste. Ces galons de peintre, il va dès lors les gagner parce que, pour lui, la matière est avant tout le support du concept. Même si la transformation de la matière suffit au spectateur pour déceler la sensibilité de Bernard Thomas, celui-ci est d'avis qu'elle peut aussi supporter ou qu'elle doit supporter une histoire. C'est l'histoire qui donne la richesse à la peinture. Et, là encore, il s'agit de faire une distinction. Bernard Thomas, en effet, s'amuse à envelopper son oeuvre dans une littérature mi-réelle mi-imaginaire qui le conduit à cacher de l'or ou des diamants dans ses oeuvres. (NDLA : malgré le consentement de Bernard Thomas, je n'ai pas eu le coeur de déchiffonner les petites boules et boulettes de papier qui peuplent l'une de ses toiles, afin d'y vérifier la présence des dites matières précieuses !) Qui le conduit à imaginer des énigmes et à élever des gardiens de ses oeuvres qui sont autant de gardes de ses rêves. Dans l'eau de ces happenings qui n'ont de sérieux que le prétexte qui leur a servi de base, nous nageons, bien entendu, en plein délire mythique. Ceci dit, donc, l'explication de l'histoire justifie rarement l'oeuvre. Par contre, si l'histoire apparaît comme un constat, c'est-à-dire que l'histoire est en fait un prétexte qui a servi au peintre pour travailler, alors Bernard Thomas réussit, au travers de ses oeuvres, à nous poser une véritable question. A savoir si l'enrichissement - ou l'appauvrissement - de l'homme ou de la société passe par un aspect matériel ou spirituel et moral. A témoin, encore une fois, la tête d'Hermès, dieu du commerce notamment. Ou ce drapé noir riche de lui- même mais qui n'attend que votre signature, qui sait, pour être enrichi. L'ambiguïté de Bernard Thomas réside en la recherche de la richesse. Entre l'or et le diamant et les valeurs morales, il laisse le spectateur choisir. La beauté des formes et l'harmonie des couleurs dans ses oeuvres laissent sans doute prévoir son choix personnel...

(De Grootte Witte Arend, Reyndersstraat, 16-18, jusqu'au 24 février)
La Semaine d'Anvers, 1985

© Thomas Bernard

Laser, tête d'Hermès et dollar

Laser, tête d'Hermès et dollar
© Thomas


© Jorge Damonte