bernard thomas

Dans l’atelier de Bernard Thomas
par Fabrizio Pizzuto

Devant l’oeuvre que Bernard Thomas rassemble ici pour faire le point et rendre compte de trente années de travail, de recherche et (pour la seconde partie) de collaboration avec le photographe Jorge Damonte, ce qui vient à l'esprit c’est qu’en regardant ses oeuvres il devient vraisemblable pour moi que, contre toutes conventions, pour cet artiste l’être trouve avec évidence son sens par son apparition, sa manifestation, dans son devenir, en se rendant visible et, donc, dans l’être de nouveau, existant ou ayant existé.

Dans certaines oeuvres de Thomas , par exemple, la lumière projetée du laser frappe une pierre, la rend vivante, sensible, affectueuse, plus chaude, elle frappe un verre, un miroir dessiné et gravé, celui-ci projette une image sur un mur, un objet la contrarie par l’ombre, l’ombre même entre dans la composition, le rien qui précédait devient un discours, un discours latent, une atmosphère... quelque chose qui apparaît et se montre, et le discours de cette apparition devient reconstitution, une opération esthétique et créatrice.

Ses formes, filiformes, qui sélèvent dans l’espace, l’envahissent, se montre frêles, et se l’approprient en altitude; et, alors qu’elles tentent, timidement, de grimper vers le haut, dans l’air, nous voyons que le discours filiforme qu’elles développent est léger, éphémère et simplement présent...

D’autrefois, Thomas cherche la douceur dans les éléments,dans ce que la vie est au plus profond... le travail sur les glaciers est sans doute, le travail de recherche le plus singulier, un acte sur le milieu, d’extraction land-artistica, de bouleversement de la nature, ou de prise de concience de celle-ci (plutôt que de domination) . En un acte violent, il frappe la glace, c’est-à-dire l’eau solidifiée, la blesse, marque la trace de cette blessure à la couleur rouge, la laisse saigner et la photographie... et le résultat est doux, comme est doux la nature blessée qui ne réagit pas; la nature terrible où une petite coupure obtenue part un grand effort devient presque présence, tout comme la douleur caractérise la présence de l’être humain, sa seule preuve d’être vivant et éveillé. chez Thomas, la douleur de la nature reléve, cependant,d’une attitude mentale où la nature ce montre, se révéle, modifiée par le geste, elle laisse apparaître avec précision le rouge d’une blessure artificielle dans le blanc et bleu d’une pureté d’ange du glacier; un acte éphémère destiné a désigner la possibilitée, mais aussi le geste d’un combat d’amour, combat loyal entre l’homme et la montagne, comme un photographe affrontant des imprévus face à une femme qu’il photographie, juste avec un voile de maquillage, un habit de scène... et c’est en cela que consiste son incompréhensible acte d’amour.

Dans son travail sur la poudre explosive où le papier est exposé au feu, la scène, encore une fois, est représentée par un acte violent, mais dans le dessin préparé par la poudre et sculpté par le feu se retrouve une esthétique douce; cette apparente violence devient, donc, source de possibilités cachées, comme un fils né lors de la catastrophe, sous les bombes, un tendre fils des hommes.

Thomas explique son inspiration conceptuelle quand il se tourne vers la géométrie, l’artifice utilisé, consiste en une poudre alchimique.Il regarde les éléments: l’eau, la lumière, la terre, la pierre, l’air; un laser rouge pénétre une sphére (mais non faite de cristal, puisque la réflexion de Thomas porte sur le vrai et non sur la prédiction), la lumière du rayon se met a ondoyer; il y a vérité, et là , être est, apparaître.

Thomas devient peintre au contact des élements naturels sans pinceau.

La vérité de Thomas n’est pas immédiatement visible, elle se cache à l’intérieur du plus articulé de ses jeux de prestidigitateur, ou bien elle est, dans un certain sens, ce jeu , de prestidigitation, la partie cachée que l'on perçoit, prend forme. Chez Bernard Thomas l’éphémère correspond à une révolution moderne, la vie non quotidienne qui bouleverse la vie quotidienne, elle-même éphémère... pourquoi alors, se dissimuler derrière un feint besoin d’éternel? Pourquoi devrions nous croire en l’éternité d’un objet? L’éternité de Thomas est entièrement mentale, entièrement concèptuelle,c’est un dur travail... c’est être prêt! Dans un monde éphémère, l’éphémère moment qui passe est l’unique résultat éternel qu’il se sent de représenter. La grandeur du sublimé qui saigne aujourd'hui, seulement aujourd'hui, est la force du geste et de la matière.

L’utillisation de la photographie chez Thomas Bernard est étroitement liée à ce que Roland Barthes soutient dans " La chambre claire"...
Pour Roland Barthes, la photographie est le témoignage de quelque chose qui fut là et qui ne sera jamais plu; par conséquent, dans un certain sens, la mise en scène de la mort du sujet exprimé, le moment extrait de la photographie, constitue, selon Barthes, la mémoire. Les témoignages photographiques de Bernard Thomas représentent quelque chose qui n’est déjà plus. La mort d’une réalité, mais qui rencontre l’éternité uniquement dans ses funérailles ou bien dans le témoignage, l’éphémère s’arrête dans le temps, pas dans la durée; la preuve qu’il n’est déjà plus équivaut à la preuve qu’il à été....

L’oeuvre d’art, enfin, est exprimée, mise en scène, puis attestée, à sa fin par sa désagrégation; ses funérailles, un phénix. Elle devient une oeuvre nouvelle, photographique, une union entre formes narratives ou esthétique narrative ( le happening est la photographie), elle constitue l’existence de l’acte, tout court.
Ce qui existe est, donc, ce qui est apparu, ce qui a existé, un papillon vu hier, et qui, aujourd’hui, n’est pas. Chez Bernard Thomas, le temps est une des dimentions, un des éléments de la narration, bien qu’en réalité, sa recherche tente vers la multiplication des dimensions, même du point de vue de la spatialité. Comme des fantômes en-dehors de notre fréqence d’ondes, comme des lucioles ou comme des enchantements visuels dont nous ne sommes plus sûrs, les visions ne nous donnent pas de certitudes sur leurs caractères physiques et leur réalité tangible relève définitivement du fait d’être vus et de s’être révélés.

Les lignes de Thomas sont de petites formes de corps qui envahissent l’espace, des explosions qui dessinent ou encore d’énormes glaciers qui révèlent dans le détail leur valence de couleur et de lignes; ce que nous voyons à travers ses interventions, c’est ce que le monde est pour Thomas: une énorme toile sur laquelle tracer des lignes, des couleurs, des dessins... et comme telle (considérant quelle est toujours là), sur laquelle effacer et redessiner.

En définitive, ce que nous vous présentons, est un monde qui est apparu, qui s’est montré comme nouveau et différent à un artiste qui a voulu le regarder, qui a voulu le présenter, l’exprimer... ou qui a, simplement, senti le besoin de dire, qui voudrait nous expliquer qu’il faut prendre courage, escalader les montagnes, et qu’on peut donc, dans l’éphémère, mais sans dénigrer l’éphémère, rêver l’éternité

Traduction de l'Italien au Français
Edit Signorini

© Thomas Bernard

Laser Cupidon

Laser Cupidon
© Thomas

 

Laser

Laser
© Thomas

 

Glacier

Glacier
© Thomas

 

Glacier

Glacier
© Thomas