bernard thomas

Digraphe
par Yves Abrioux

À l'automne dernier, on a pu voir à la télévision une brochette de critiques d'art hautement respectables écouter avec révérence le sculpteur César expliquer qu'il ne se sentait pas en mesure de contribuer à grand-chose à la controverse sur l'art contemporain, puisqu'en tant qu'artiste il travaillait moins avec des concepts qu'au toucher. Aucun des éminents critiques présents sur le plateau n'a osé relever en présence du maître que les oeuvres produites des mains mêmes de César sont invariablement d'un académisme affligeant, alors que ses seuls travaux tant soit peu significatifs sont les compressions et autres expansions qu'il fabrique sans jamais les effleurer du doigt. En pareil contexte, il n'est guère étonnant que Bernard Thomas soit tenté de prendre sa carabine... Non pas, bien entendu, à des fins violentes, mais pour démontrer - en matière, cette fois, de peinture - que le tableau ne relève pas forcément de l'application géniale des mains du peintre mais qu'il peut naître, selon une autre trajectoire, de la rencontre du pigment et d'une balle dont l'impact fait étrangement ressurgir, dans les éclats de la surface, tout l'éclat de la couleur.
Yves Abrioux

"... Je coulais des balles dans le béton, exprimant ainsi mon désir de paix. C'est par ce geste-là que mon enrichissement fut gratifié, car je dus obligatoirement réfléchir à l'armement, le découvrir, le craindre, jusqu'à en imaginer son utilisation.

C'est ce que je fis et découvris que sa puissance fragmentait la pierre mieux qu'un burin, que sa vitesse fissurait le verre sans le casser et que la matière obtenue par les impacts était fascinante. Je crus comprendre que l'inconscient de l'homme pouvait avoir envie de voir cette matière..."
Bernard Thomas, 1986

© Thomas Bernard

Point d'impact or N°122

Point d'impact or N°122
© Thomas